Depuis 2024, ADAMA accompagne les agriculteurs dans la gestion du risque cercosporiose sur betterave. Face à une pression maladie croissante ces dernières années, nous avons développé CERCO ASSIST, un outil d'aide à la décision permettant d'identifier les périodes favorables au développement de la maladie.
L'objectif est simple : alerter l'agriculteur lorsque les conditions météorologiques deviennent propices aux contaminations afin de renforcer la surveillance des parcelles et d'intervenir au moment le plus pertinent.
La cercosporiose est causée par un champignon, Cercospora beticola, qui survit durant l'hiver dans les résidus de culture contaminés laissés à la surface du sol.
Au printemps et en été, lorsque les températures deviennent douces à chaudes et que l'humidité est suffisante, le champignon produit des spores. Transportées par le vent, la pluie ou les éclaboussures, ces spores peuvent atteindre les feuilles de betterave.
Lorsque plusieurs heures d'humidité sont présentes sur le feuillage (rosée, pluie, irrigation, hygrométrie importante) et que les températures sont favorables, les spores germent et pénètrent dans les feuilles : c'est la contamination primaire.
Après une phase de développement généralement comprise entre une semaine et une dizaine de jours, les premiers symptômes apparaissent sous forme de petites taches caractéristiques.
À partir de ces lésions, le champignon produit de nouvelles spores qui sont à leur tour dispersées dans la parcelle. Ces contaminations successives, appelées contaminations secondaires, sont responsables de l'accélération du développement de la maladie durant l'été.
Dans des conditions favorables, ce cycle peut se répéter plusieurs fois au cours de la campagne, expliquant le caractère parfois très explosif des attaques de cercosporiose.
Au cours de la deuxième quinzaine de juin, plusieurs épisodes favorables à la cercosporiose ont été détectés par CERCO ASSIST. Des périodes combinant humidité élevée du feuillage et températures comprises entre 20 et 30°C ont en effet créé des conditions propices aux contaminations.
La question se pose alors : quel impact les épisodes caniculaires observés récemment peuvent-ils avoir sur la maladie ?
Lors d'épisodes caractérisés par plusieurs jours consécutifs au-delà de 35°C, associés à un air sec, un vent desséchant et un fort rayonnement solaire, le développement de la cercosporiose est fortement ralenti.
Dans ces conditions, la production de nouvelles spores diminue fortement et une partie des spores présentes à la surface des feuilles peut perdre sa capacité infectieuse sous l'effet de la dessiccation et du rayonnement UV. La maladie n'est cependant pas éliminée.
En pratique, il est plus juste de parler d'une mise en sommeil temporaire du cycle de développement. Les feuilles déjà infectées restent porteuses du champignon et les contaminations initiées avant l'épisode caniculaire ne disparaissent pas. Elles restent présentes dans la parcelle et peuvent reprendre leur développement dès le retour de conditions plus favorables.
Par ailleurs, les épisodes de fortes chaleurs et de sécheresse entraînent souvent un stress hydrique important. La culture mobilise alors une partie de ses ressources pour faire face à ce stress, ce qui peut la rendre plus vulnérable aux agressions sanitaires. Dès le retour d'une météo plus humide, accompagnée de températures comprises entre 20 et 30°C, la cercosporiose peut donc redémarrer rapidement. Dans certaines situations, le risque peut même être plus élevé qu'avant l'épisode caniculaire : la maladie est toujours présente tandis que la betterave est affaiblie par plusieurs jours de stress.
Le message est donc simple : une canicule ne doit pas être interprétée comme la fin du risque cercosporiose. Elle marque souvent une pause temporaire avant une reprise potentiellement rapide de la maladie lorsque les conditions redeviennent favorables.
Certains utilisateurs de CERCO ASSIST ou d'autres outils d'aide à la décision ont pu être surpris de recevoir des alertes malgré des conditions météorologiques très sèches et des températures particulièrement élevées.
Cette situation s'explique notamment par le fonctionnement même des modèles. Lorsqu'une infection a été initiée à la suite d'une période favorable à la maladie, les modèles continuent à suivre son évolution potentielle à partir des données climatiques observées.
La plupart des OAD reposent en partie sur des modèles biologiques intégrant l'accumulation de températures (degrés jours), l'humidité et les périodes de mouillure foliaire. Cependant, lors d'épisodes climatiques exceptionnels, comme plusieurs jours consécutifs au-delà de 35°C associés à un air très sec, les effets limitants ou bloquants sur le développement du champignon ne sont pas toujours totalement pris en compte.
Ainsi, un risque peut parfois continuer à être signalé par l'OAD alors que, sur le terrain, le développement de la maladie est fortement ralenti, voire temporairement mis en pause par les conditions climatiques extrêmes.
Cela ne signifie pas pour autant que le risque a disparu. Les contaminations déjà présentes dans la parcelle peuvent reprendre leur développement dès le retour de conditions plus favorables.
C'est pourquoi les alertes des OAD doivent toujours être interprétées en complément des observations de terrain. La surveillance régulière des parcelles reste indispensable pour détecter précocement les premiers symptômes et positionner les interventions au moment le plus pertinent.