Le chlortoluron est un herbicide de référence qui occupe une place prépondérante dans la maîtrise d’un large spectre d’adventices (graminées annuelles mais aussi certains cotylédones). Son efficacité racinaire en fait un outil incontournable dans les programmes de désherbage mais son utilisation doit être raisonnée afin de préserver son efficacité et limiter les effets phytotoxiques. Cet article met en lumière les caractéristiques du chlortoluron et les enjeux liés à son utilisation dans les programmes de désherbage.
Le chlortoluron est une substance active appartenant à la famille chimique des urées substituées. Principalement utilisé pour lutter contre les adventices sur blé tendre d’hiver, il est particulièrement efficace contre de nombreuses graminées annuelles et certaines dicotylédones. Le chlortoluron constitue une solution dans les programmes de désherbage notamment lorsque certains modes d’actions deviennent problématiques.
Le chlortoluron agit par absorption racinaire et foliaire en inhibant la photosynthèse et en perturbant le phénomène de respiration. L’absorption racinaire étant la plus importante. Sa remarquable systémie lui confère une mobilité dans toute la plante. Autre atout majeur : son large spectre d’efficacité est particulièrement intéressant contre des adventices difficiles à maîtriser comme les ray-grass, les vulpins ou encore les matricaires. Il s’intègre dans tous les programmes d’automne (pré, post, seul ou en association) ; il a donc toute sa place dans la gestion des graminées.
Le chlortoluron est le seul herbicide céréales dont le mode d’action est classé HRAC 5 ; À ce jour, aucune résistance n’a été observée, ce qui en fait un véritable atout. En effet, dans les céréales à paille, on ne dispose actuellement que de quatre modes d’action racinaires anti‑graminées parmi l’ensemble des herbicides disponibles. Disposer d’un HRAC supplémentaire est donc utile.
Les herbicides à base de chlortoluron s’utilisent sur toutes les variétés d'orges d'hiver et d'escourgeons. Cependant, les blés tendres et durs présentent des sensibilités variétales. Ces herbicides s’intègrent donc dans des programmes de désherbage combinés, souvent appliqués après le semis.
Le chlortoluron agit principalement sur les graminées annuelles, ray-grass, vulpin, folle avoine, paturin et certaines dicotylédones, stellaire, matricaire, véroniques, gaillet, capselle. Ces adventices peuvent entraîner des pertes de rendement significative pouvant aller jusqu’à 50% en céréales si elles ne sont pas correctement maîtrisées.
Le chlortoluron peut s’appliquer selon les deux modes, en pré‑levée ou en post‑levée précoce au stade 1‑3 feuilles en sortie d’automne mais son spectre est plus large en post-levée qu'en pré-levée, notamment pour gérer des relevées de graminées en sortie d’hiver. Il est recommandé de ne pas intervenir sur des sols artificiellement drainés ni durant la période de reproduction des oiseaux. Une seule application par campagne suffit.
Dans les situations où la pression de graminées résistantes est élevée, il est recommandé d’effectuer un traitement en pré-levée, puis un deuxième passage en post-levée précoce. L’alternance des modes d'actions est donc essentielle pour empêcher l’apparition de nouvelles résistances.
Applicable en pré-levée ou en post-levée des céréales, le chlortoluron est sensible aux conditions d’humidité du sol pour les applications de pré-levée et aux types de sol. La dose maximale est établie à 3L/ha, environ 1800 g/ha; la dose doit être modulée selon le type de sol et la flore de l’adventice. Pour être appliqué, les conditions doivent être favorables (traiter sur un sol non motteux, sur des semis peu profond).
Pour en savoir plus, vous pouvez consulter notre livre blanc, l'argumentaire défense du chlortoluron, qui explique les bonnes pratiques d’utilisation du chlortoluron.
L'avantage du chlortoluron est que sa sélectivité ne dépend pas de la position de l’herbicide vis-à-vis des organes sensibles (contrairement à d’autres substances actives) mais de leur capacité à le métaboliser (détoxifier) rapidement. Cependant, toutes les variétés de blé ne réagissent pas de la même manière (sensibilité au chlortoluron et effets phytotoxiques). Le choix variétal est donc essentiel pour sécuriser l’efficacité du désherbage.
L’application du chlortoluron, comme tous les herbicides, nécessite une grande vigilance. Afin de protéger l’utilisateur, il est essentiel de mettre en place des équipements de protection individuelle (EPI) ; de respecter les zones de non-traitement (ZNT), les doses maximales figurées sur les étiquettes et les stades d’application. Une zone non traitée doit être traitée au moins 5 mètres par rapport à la zone non cultivée adjacente pour protéger les cultures non ciblées.
Pour plus de détails, vous pouvez consulter notre fiche technique qui présente les6 bons réflexes pour protéger les eaux souterraines, les eaux superficielles et les captages.
Le chlortoluron est approuvé conformément au règlement (CE) n° 1107/2009, avec l’Espagne comme État membre rapporteur. Son utilisation doit être impérativement respecté selon les normes règlementaires en vigueur.
Le désherbage est une étape cruciale qui doit tenir compte des conditions du sol, de la circulation de l’eau et de la proximité des cours d’eau. Pendant les périodes sensibles, ces conditions favorisent l’infiltration et le ruissellement amplifiant les risques de transfert des herbicides. Pour sécuriser vos interventions, il est recommandé d’analyser les caractéristiques propres à vos parcelles et de respecter les bonnes pratiques. Des outils de diagnostic peuvent être utilisés pour planifier les programmes de désherbage avant les traitements herbicides.
Pour conclure, le chlortoluron est un herbicide reconnu pour son efficacité mais comme tous les herbicides, son utilisation demande un bon diagnostic. Le respect des bonnes pratiques ainsi qu’une bonne application permet de limiter les risques phytotoxiques. Ces pratiques sont indispensables pour sécuriser vos interventions.
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