Le sclérotinia est une maladie fongique causée par le champignon Sclerotinia sclerotiorum, considéré comme l’un des agents phytopathogènes les plus dommageables du colza.
Ce champignon survit dans le sol sous forme de sclérotes, capables de rester viables plusieurs années dans le sol. Au printemps, ces sclérotes commencent à germer et produisent des apothécies libérant des ascospores (températures optimales à partir de 5°C). Disséminées par le vent, ces spores contaminent les pétales. Le sclérotinia peut également se disséminer par les semences, les eaux de ruissellement, le matériel contaminé ou les résidus de culture mal enfouis.
Une fois infectés, ces dernières tombent, se déposent et se fixent dans l’aisselle des feuilles. Après s'être déposés à l’aisselle de la feuille, les sclérotes infectent la tige et s’y développent. Les sclérotes formés se retrouveront au sol après la récolte, créant un environnement propice au développement de la maladie, démarrant un nouveau cycle au printemps suivants.
Les symptômes sont visibles au printemps. Les feuilles sont recouvertes d’une masse mycélienne blanche et compacte, souvent alignées le long du pétiole. Sur la tige, apparaissent des taches blanchâtres en anneaux. Les feuilles sont molles et translucides et les siliques du colza se dessèchent et deviennent blanchâtres. Selon l’intensité des dégâts, les tiges peuvent être également détruites. Ce champignon se développe lorsque les températures sont chaudes (supérieure à 10°C) et lorsque le sol est humide. À mesure que l’infection progresse, il forme de nouveaux sclérotes dans les tissus nécrosés des tiges ou des siliques.
Sur les feuilles :
Sur les tiges :
Lorsque le champignon infecte les tiges, celui-ci colonise progressivement les tissus internes. Les plantes touchées présentent un flétrissement rapide, lié à une perturbation ou une rupture de la circulation des flux de sève. On observe souvent des fissures au niveau des tiges. Sur les siliques, on observe un dessèchement prématuré. Ces symptômes réduisent le nombre de graines et les pertes de rendement sont parfois très importantes.
Des pertes de rendement peuvent aller jusqu’à 20 q/ha. L'échaudage est la principale cause de ces pertes, entraînant une diminution du poids de mille grains. L’égrenage est plus ou moins marqué selon la précocité de l'attaque et du nombre de pieds touchés.
La nuisibilité est élevée : dès que le seuil dépasse 20% de pieds attaqués, chaque tranche supplémentaire de 10 % entraîne une baisse de rendement de 1,5 à 3 q/ha.
Comme pour toutes les cultures, l’observation au champ est indispensable. Cependant, la surveillance seule ne suffit pas à décider d’une intervention. La lutte repose donc sur une approche préventive en amont des symptômes. Il est essentiel d’identifier les périodes à risque.
Sur colza, le risque et le traitement se font uniquement au stade floraison. Les conditions météorologiques (pluviométrie élevée et températures favorables) sont également à surveiller.
Les facteurs qui augmentent le risque de développement du sclérotinia :
Voici quelques mesures prophylactiques à mettre en place pour limiter la pression du champignon :
Il n’existe aucun seuil indicatif de risque pour empêcher le développement de ce bioagresseur. Seules les mesures préventives sont les plus efficaces.
Il est recommandé de bien positionner le fongicide au stade G1, stade optimal pendant la floraison, lors de la chute des premiers pétales. La date du stade peut varier selon l’échelle parcellaire. Dans le cas d’une floraison prolongée, il est recommandé d’appliquer un relais 15 jours après l’application du premier fongicide.
Attention, le choix du fongicide doit être raisonné. Pour limiter l’apparition de résistances, il est recommandé d’alterner les modes d’action en évitant l’utilisation répétée d’un seul fongicide SDHI. Lors de l’utilisation d’un fongicide homologué, il est indispensable de respecter les doses et les conditions d’emploi.
Des solutions de biocontrôle peuvent être utilisés en application foliaire dès le stade G1 du colza. Les souches bactériennes comme Bacillus pumilus, Bacillus subtilis et oospores de Pyhtium oligandrum ont des propriétés antifongiques qui sont capables d’inhiber la germination des spores de sclérotinia et/ou réduire le développement mycélien.
Même si ces alternatives montrent une efficacité, les produits de biocontrôle seul ne permettent pas d’éliminer totalement les sources d’inoculum. Il est nécessaire de combiner les produits de biocontrôle avec plusieurs stratégies de lutte.
Pour conclure, la maîtrise du sclérotinia repose avant tout sur la mise en œuvre de mesures prophylactiques et sur une protection préventive de la culture. Par la combinaison des pratiques agronomiques et par une intervention raisonnée, il est possible de sécuriser le rendement du colza.