La première stratégie pour un agriculteur reste de limiter le recours aux insecticides. Un colza semé dans de bonnes conditions, avec une levée rapide, une nutrition adaptée et un choix variétal cohérent, supporte mieux les attaques de ravageurs.
Mais lorsque des traitements deviennent nécessaires, ils sont réalisés au cas par cas sur différentes cibles au cours de l’automne. Il devient alors facile d’enchaîner plusieurs applications de la même matière active au cours d’une campagne, parfois sans même s’en apercevoir.
Chaque application favorise les insectes les moins sensibles à la substance utilisée. En répétant le même mode d’action chimique dans vos interventions, la pression de sélection augmente.
Sur colza, les pyréthrinoïdes dites « thrines » restent largement utilisés. Or, c’est aussi la famille pour laquelle les phénomènes de résistance sont les plus documentés et les plus répandues, notamment sur les grosses altises dans de nombreuses régions françaises.
Les dernières cartes de résistance publiées par Terres Inovia montrent une progression marquée des résistances chez les grosses altises sur une grande partie du territoire national. Pour le charançon du bourgeon terminal, la situation apparaît moins préoccupante à ce stade, mais les premiers signaux sont bien présents. Dans les deux cas, la règle reste identique : plus une famille chimique est utilisée de manière intensive et prolongée, plus le risque de résistance augmente.
Etat de la résistances des altises aux insecticides. Source Terres Inovia, 07/2025
Etat de la résistances des charançons du bourgeon terminal aux insecticidesSource Terres Inovia, 07/2025
La résistance de la grosse altise aux pyréthrinoïdes n'est plus une simple hypothèse de laboratoire : elle est aujourd'hui une réalité observée sur le terrain. Deux grands mécanismes sont principalement en cause. Le premier, connu sous le nom de résistance kdr ("knock-down resistance"), résulte d'une mutation qui diminue la sensibilité du système nerveux de l'insecte aux pyréthrinoïdes. Le second, appelé super-kdr, constitue une version renforcée de cette résistance. Dans les zones où il est installé, notamment dans certaines régions de l'Est de la France, les performances de ces insecticides peuvent être fortement réduites, voire nulles.
À ces mécanismes s'ajoute une autre forme de résistance, dite "par détoxification". Les insectes concernés sont capables de dégrader la matière active plus rapidement, limitant ainsi son action. Ce phénomène est d'ailleurs bien connu chez d'autres ravageurs du colza, comme les méligèthes.
Dans les situations où les traitements insecticides restent occasionnels, ces résistances ont généralement peu d'impact sur la conduite de la culture. En revanche, lorsque les interventions se multiplient au cours d'une même campagne, elles doivent être intégrées au raisonnement de protection. C'est particulièrement vrai lorsqu'un traitement ne produit pas l'efficacité attendue. Avant d'envisager un nouveau passage, mieux vaut prendre le temps d'analyser la situation et d'identifier les causes possibles de cet échec.
Avant de renouveler une intervention insecticide, vérifiez les conditions d’application, le seuil d’intervention du ravageur, la pression réelle observée au champ et l’éventuelle présence de résistance dans votre secteur. Refaire exactement le même traitement dans les mêmes conditions conduit souvent au même résultat.
Source AgroLeague
Lorsqu’un second passage est nécessaire, privilégiez l’alternance des matières actives et, lorsque c’est possible, l’alternance des modes d’action. Cette approche limite le risque de sélection des populations résistantes et contribue à préserver l’efficacité des solutions disponibles dans la durée.
Un premier passage avec une pyrèthre de type « thrine » peut être suivi, si la pression persiste, d’une solution à base de tau-fluvalinate, comme Mavrik® Up, Talita® Up ou Klartan® Up. L’objectif n’est pas d’obtenir une efficacité supérieure immédiate, mais d’introduire une molécule aux caractéristiques différentes afin de réduire certains mécanismes de résistance, notamment liés à la détoxification des insectes.
Source ADAMA
En résumé, la gestion des ravageurs ne commence pas avec le pulvérisateur. Elle débute dès le semis, avec des choix agronomiques adaptés pour favoriser un colza robuste et moins vulnérable aux attaques. Ensuite, la décision de traiter doit toujours s'appuyer sur des observations de terrain et sur les outils disponibles (BSV, pièges...) pour évaluer le niveau de risque réel. Lorsque l'intervention s'avère nécessaire, elle doit être réalisée dans de bonnes conditions d'application. Enfin, dans les situations où plusieurs traitements sont envisagés, l'alternance des matières actives demeure l'un des meilleurs moyens de préserver durablement l'efficacité des insecticides face à la montée des résistances.
MAVRIK® UP / TALITA® UP / KLARTAN® UP- EW - 240 g/l de Tau-fluvalinate - AMM N° 8900564 - Respectez les usages autorisés, doses, conditions et restrictions d’emploi mentionnés sur l’étiquette du produit et/ou consultez www.adama.com et/ou www.phytodata.com. Avant toute utilisation, assurez-vous que celle-ci est indispensable. Privilégiez chaque fois que possible les méthodes alternatives et les produits présentant le risque le plus faible pour la santé humaine et animale et pour l’environnement, conformément aux principes de la protection intégrée, consultez https://agriculture.gouv.fr/ecophyto. ®Marque déposée Adama France s.a.s. - RCS N°349428532. Agrément n° IF01696 : Distribution de produits phytopharmaceutiques à des utilisateurs professionnels.