La résistance herbicides est un phénomène naturel qui se caractérise par la capacité de certaines adventices à survivre à un traitement herbicide appliqué à une dose normalement efficace, puis à transmettre cette capacité aux générations suivantes.
Au sein d’une population d’adventices, certains individus peuvent naturellement tolérer un herbicide. Cependant, la répétition d’un même herbicide favorise la survie de certains individus au détriment des autres adventices. L’herbicide perd alors en efficacité. C’est ce qu’on appelle la pression de sélection.
La progression de la résistance herbicides en France est principalement liée à certaines pratiques agronomiques. Il s’agit notamment des semis précoces, la suppression du labour, la répétition régulière de la même culture, du même produit ou famille de produit possédant le même mode d’action qui favorisent les résistances. On retrouve également les facteurs liés aux adventices (densité de population, stock semencier, contamination des parcelles saines à la récolte, taux de plantes naturellement résistantes à l’herbicide…).
La “mutation de cible” correspond à une modification génétique, naturellement présente chez les adventices, qui empêche l’herbicide de se fixer sur son site d’action. Le site de fixation n’étant plus reconnu par la molécule herbicide, est incapable d’agir. L’adventice résiste alors à l’herbicide. L’herbicide ne crée pas la mutation, il ne fait que révéler et sélectionner les individus qui possèdent cette mutation.
La résistance de détoxication correspond à la capacité d’une adventice à métaboliser l’herbicide grâce à la présence d’enzymes spécifiques qui vont dégrader, modifier ou inactiver la matière active de l’herbicide. Cependant, ces résistances sont difficiles à anticiper car les enzymes impliquées ne reconnaissent pas spécifiquement un herbicide ou une famille d’herbicide. Elles réagissent à la forme chimique. La plante peut devenir résistante à un seul herbicide si l’enzyme sait dégrader précisément la structure. A l’inverse, la plante peut devenir résistante à d’autres herbicides qui n’ont pas le même mode d’action, mais qui possèdent une structure chimique proche. En France, on retrouve notamment le ray-grass qui est résistant aux sulfonylurées.
Les inhibiteurs de l’ACCase (FOP, DIM, DEN) appartiennent au groupe de mode d’action HRAC A. Ces molécules agissent en bloquant la synthèse des acides gras. Ils ciblent l’enzyme ACCase en catalysant la première étape de la voie de biosynthèse des acides gras. En inhibant l’ACCase, les herbicides stoppent la production des acides gras.
Les FOP et DIM présentent une forte sélectivité envers les dicotylédones, car ces dernières possèdent une forme d’ACCase de type procaryotique totalement insensible à ces herbicides. À l’inverse, les graminées possèdent une ACCase de type eucaryotique, sensible aux FOP et DIM. Ainsi, même si ces deux familles d’herbicides ciblent toutes les deux la même enzyme, elles n’affectent que les graminées.
Les inhibiteurs de l’ALS (Sulfonylurée, Imidazolinone, Triazolinone, Triazolopyrimidine) appartiennent au groupe de mode d’action HRAC B. Ils agissent en inhibant l’enzyme ALS : les inhibiteurs de l’ALS se fixent sur l’enzyme et bloquent la synthèse de trois acides aminés essentiels (la valine, la leucine et l’isoleucine). Ce mode d’action ciblé souligne l’efficacité des inhibiteurs à faible dose sur les graminées. Cependant, la montée des résistances d’adventices devient de plus en plus problématique.
Pendant longtemps, limitée aux graminées, la résistance s’étend désormais aux dicotylédones. Ces résistances favorisées par une utilisation répétée d’herbicides de mêmes modes d’action, notamment par l’utilisation répétée des sulfonylurées, se transmettent au sein des populations, rendant difficile leur gestion dans les parcelles.
La classification HRAC permet de regrouper les herbicides selon leur mode d’action pour prévenir l’apparition de résistances des adventices. Chaque herbicide est classé dans un groupe selon la cible qu’il inhibe. Cette classification permet d’identifier rapidement le mode d’action d’un produit et d’alterner les modes d’action d’une année sur l’autre ou dans un programme de désherbage. Attention, pour préserver l’efficacité et limiter les résistances, il ne faut jamais utiliser deux herbicides du même groupe HRAC.
Aujourd’hui en France, le ray-grass présente de fortes résistances aux herbicides inhibiteurs de l’ALS. De même pour le vulpin, des cas de résistances multiples sont constatés dans une grande partie du territoire. Cette forte nuisibilité est liée à une concurrence précoce des adventices sur les cultures d’hiver et à une forte production de graines, rendant la maîtrise du désherbage difficile.
Comprendre et maîtriser le vulpin dans les céréales
Quelles solutions pour lutter contre le ray-grass résistant ?
Moins fréquente que le vulpin, la folle avoine n’en reste pas moins très concurrentielle dans les cultures d’hiver. A forte pression, elle peut significativement pénaliser les rendements. Bien que les inhibiteurs de l’ACCase (plus particulièrement le FOP) et de l’ALS soient efficaces sur cette adventice, cette dernière peut présenter aujourd’hui des résistances. En France, des cas de résistances ont été identifiées dans certaines zones céréalières, conduisant à des échecs de traitement ou des contrôles insuffisants.
D’autre part, l’agrostis voit sa fréquence augmenter avec des cas de résistance en progression. Moins médiatisées que le vulpin, ces graminées doivent toutefois être surveillées de près. Afin de prévenir des résistances, éviter d’utiliser des herbicides ayant le ou les mêmes modes d’action. Assurer les bonnes pratiques agronomiques et inclure de nouvelles cultures aux rotations dans l'itinéraire technique de l'exploitation.
Bien que l’apparition de résistances chez les dicotylédones soient moins fréquente que pour les graminées, leur progression rapide est préoccupante. Dans plusieurs régions, le coquelicot fait l’objet de cas de résistance confirmés tandis que la matricaire et la stellaire présentent des situations émergentes. Il est essentiel de rester vigilant et d’adapter les bonnes pratiques agronomiques afin de limiter le développement des adventices et préserver l’efficacité des solutions disponibles.
Pour évaluer les résistantes dans vos parcelles, ADAMA vous propose son service Herbidetect appartenant à la gamme de services « Detect ». Cet outil cible en particulier quatre espèces d’adventices problématiques : vulpin, ray-grass, matricaire et chénopode. Herbidetect vous fournit un diagnostic précis des résistances en évaluant leur sensibilité et vous aide à ajuster vos stratégies de désherbage pour optimiser l’efficacité de vos programmes herbicides.
Il est recommandé d’alterner les modes d’action à l’automne et en sortie d’hiver, de privilégier les programmes d’automne efficaces sur graminées dès les premiers stades et d’effectuer un écimage pour éviter la production de graines viables. Pour éviter le salissement des parcelles saines, veiller au nettoyage des moissonneuses batteuses entre parcelles et les imports de pailles provenant de zones géographiques à risque.
Il est recommandé de diversifier les cultures dans la rotation, d’intervenir le plus tôt possible pour éviter les levées précoces des graminées et d’assurer une bonne implantation du colza.
Il est recommandé d’alterner les cultures d’hiver et de printemps, de diversifier les modes d’action herbicides, de raisonner le travail du sol et de bien choisir sa stratégie de désherbage selon la pression des adventices.
La résistance herbicide est la capacité de certaines adventices à résister aux herbicides à une dose normalement efficace, puis à transmettre cette capacité à leurs descendants.
Pour savoir si vous avez de la résistance herbicide sur vos parelles, Il est recommandé d’effectuer des tests biologiques. Des services d’analyse comme “Herbidetect” vous permettront de connaître avec précision le niveau de sensibilité des adventices.
Les adventices qui présentent le plus de résistance sont le vulpin et le ray-grass. D’autres espèces comme le coquelicot, la folle avoine ou la matricaire sont également concernées.
Oui, une réduction de la dose (peu efficace sur une population d’adventices) peut contribuer à l’apparition de résistances : une faible dose élimine les individus les plus sensibles tandis que les individus plus tolérants résistent. Ces derniers se reproduisent et transmettent leur capacité à leurs descendances.
Oui, le colza contribue à réduire les populations résistantes, notamment le ray-grass et le vulpin qui se développent principalement en céréales. Ces graminées annuelles étant sensibles à la diversification des cultures, au faux semis, au décalage du semis et aux herbicides ayant différents modes d’action de ceux des céréales, permet de gérer efficacement la résistance herbicide.
Chaque famille d’herbicides de mode d’action HRAC utilisée doit être raisonnée à l’échelle parcellaire. Pour limiter les phénomènes de résistance, il est essentiel de mettre en place les bonnes pratiques agronomiques et d’alterner les modes d’actions à l’échelle des rotations.